Julho 15, 2021
Do Passa Palavra
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Tel un fantôme, le caractère conservateur et clairement fasciste du FNB (Frente Negra Brasileiro) hante le mouvement noir contemporain au Brésil. Que ce soit par ses relations, ou en raison de la reproduction de diverses pratiques conservatrices par ce mouvement.

N’est-il pas étrange d’imaginer qu’un dirigeant noir ou même le leader de la plus grande organisation noire dans l’histoire du Brésil ait pu être fasciste[1] ?

N’est-il pas étrange de penser qu’un Noir, ou une organisation du mouvement noir, soit fasciste ? Réfléchissez à quel point il peut nous sembler erroné d’associer le mouvement noir (ou les Noirs) au fascisme[2]. Bien sûr, cette assimilation gêne considérablement le mouvement noir contemporain, surtout dans les analyses concernant cette relation. De ce fait, certains tentent, par exemple, de justifier la relation entre le Front noir brésilien (FNB) et le fascisme, en expliquant que l’existence de courants fascistes au sein du FNB aurait découlé du contexte politique et social dans lequel cette organisation s’insérait.

Dans une certaine mesure, cette explication a du sens, mais le fascisme ou les courants fascistes au sein du FNB ne se limitèrent pas seulement à un contexte social complexe et un peu opaque. En revanche, les polémiques soulevées par le FNB et les relations qu’il entretenait à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation dévoilèrent ce caractère fasciste de manière limpide.

En outre, la relation du FNB avec le mouvement (monarchiste) en faveur d’une «patrie nouvelle brésilienne»[3], et plus tard avec le mouvement intégraliste[4], conjuguèrent nationalisme, lutte contre le racisme, et révolte contre la bourgeoisie nationale dans les limites de l’État. C’est-à-dire justement ce que João Bernardo appelle une «révolte au sein de l’ordre[5]».

Qui était ce «peuple noir» et, inversement, qui étaient ses «ennemis» à l’époque ? Nous tenterons ici d’explorer les polémiques au sein du FNB, en faisant ressortir la pratique politique et l’idéologie de ce Front.

Arlindo Veiga dos Santos – le «Chevalier noir »

Pour comprendre le Front noir brésilien, il faut absolument s’intéresser à Arlindo Veiga dos Santos, sous peine de s’embourber dans d’énormes impasses. On doit analyser sa construction sociale, ses relations, ses influences et son «potentiel politique». Arlindo Veiga dos Santos faisait partie de la deuxième génération de Noirs qui furent scolarisés et commencèrent des études universitaires, dans un contexte où les théories racialistes et le «blanchiment social[6]» battaient leur plein, et où la démocratie libérale commençait déjà à peser considérablement.

C’est dans ce contexte qu’apparurent les premières organisations monarchistes en faveur d’une «patrie nouvelle brésilienne» (Patrià-Nova). «Anti-libérales, elles défendaient l’installation d’une monarchie corporatiste comme seule issue pour remédier au “désordre” républicain. A l’instar de la dissidence oligarchique rassemblée dans le Parti démocratique[7], des directions tenentistes[8] et de certains secteurs des classes moyennes, elles jugeaient que la République était profondément discréditée. Cependant, contrairement à la plupart des mécontents, elles considéraient que le libéralisme lui-même était en faillite. En conséquence, elles rejetèrent les propositions de réforme politique qui visaient à améliorer l’ordre libéral en instituant le vote secret, l’indépendance des pouvoirs et la moralisation des pratiques électorales. En avançant une proposition autoritaire, elles cherchèrent une issue à ce qu’elles considéraient comme une dégénérescence nationale ; elles s’insérèrent ainsi dans le débat politique aux côtés de ceux qui, depuis le début des années 1920, défendaient des formes antidémocratiques de gouvernement et conditionnaient la solution des problèmes politiques à la mise en place d’un État antilibéral[9]

Arlindo Veiga baigna dans ce contexte politique : «Il s’inscrivit en 1922, à l’âge de vingt ans, à la Faculté de philosophie et de lettres de São Paulo et obtint sa licence quatre ans plus tard. Il adopta les valeurs et les projets du catholicisme antilibéral, ultramontain et combatif, favorable à la constitution de sociabilités décisives pour son action politique future. Dans cette faculté, qui joua un rôle remarquable dans la formation des intellectuels catholiques pendant la Première République, commença un mouvement de récupération et d’actualisation de la philosophie de saint Thomas d’Aquin, initié par Léon XIII avec l’encyclique Aeterni Patris (1879), comme réponse au “monde moderne”. Le néo-thomisme y opposait une vision du monde considérée comme satisfaisante pour fonder une proposition politique alternative au libéralisme, à l’anarchisme, au socialisme et au communisme[10].»

Pour cette raison, en 1920, Arlindo Veiga dos Santos aida à la construction du mouvement monarchiste pour une patrie nouvelle (Pátria-Nova), imprégné de positions autoritaires et en relation directe avec le catholicisme. En 1928, le Centre monarchiste de culture sociale et politique Pátria-Nova émergea avec une proposition nationaliste et antidémocratique.

Dans les cercles de l’élite noire de São Paulo, Arlindo Veiga gagna en notoriété. Au sein de ces cercles, Veiga commença à discuter des conditions de vie des Noirs, en se rapprochant des clubs de «personnes noires» et en introduisant la discussion sur la question raciale. S’engageant plus profondément dans le débat politique, Veiga se mit à publier des textes dans divers périodiques et à proposer aux clubs une perspective plus radicale que les mouvements «assistancialistes[11]».

À cette époque, la presse noire faisait ses premiers pas et les cercles de discussion se posaient la question de construire une organisation qui chercherait à représenter le «peuple noir». Ainsi, le FNB fut créé en 1931, en adoptant un programme politique bien défini et une structure extrêmement hiérarchisée. Depuis 1920, une élite noire avait pris conscience de la question raciale au Brésil et, au sein des clubs, des associations et surtout des journaux, elle cherchait à développer ce débat au niveau organisationnel[12].

Arlindo Veiga dirigea le FNB jusqu’en 1934, mais, par la suite, son influence et ses perspectives ne diminuèrent pas, au contraire, elles continuèrent de s’étendre jusqu’en 1937, date à laquelle le FNB décida de se dissoudre en raison de l’Estado Novo – Dictature mise en place par Getulio Vargas en 1937. Le FNB provoqua plusieurs polémiques violentes durant son existence, mais au-delà, il exerça une énorme influence sur les luttes sociales et les institutions politiques. Comme en témoignèrent, par exemple, le marchandage politique qu’il pratiquait et le nombre de membres très élevé qu’il mobilisa. Arlindo Veiga dos Santos devint un membre emblématique du FNB et, pour cette raison, des auteurs comme Petrônio Domingues et Teresa Malatian l’ont surnommé «le Chevalier noir[13]».

Qu’est-ce que le «peuple noir» et quels sont ses «ennemis» ?

«Aux membres du Front noir,

En ce moment extrêmement grave pour la NATIONALITÉ BRÉSILIENNE, deux grands devoirs incombent aux Noirs courageux et travailleurs, unis en un seul bloc dans le FRONT NOIR BRÉSILIEN : la défense du Peuple Noir et la défense de la Patrie, car l’un et l’autre vont de pair, pour tous ceux qui ne veulent pas trahir la Patrie en faveur d’une forme d’internationalisme. La Nation passe avant tout[14].»

Le FNB naquit avec l’objectif de représenter le «peuple noir brésilien», afin d’intégrer les Noirs dans la société de classe, d’entreprendre une lutte contre le racisme et de combattre les ennemis du peuple noir et de la nation. Quel était, pour cette organisation, ce «peuple noir» et, d’autre part, qui étaient ses ennemis ?

«Compatriote noir,

«Aimes-tu le Brésil ? Es-tu prêt à te battre pour l’élévation physique, morale et intellectuelle des Noirs brésiliens ? Veux-tu apprendre à connaître et à combattre les ennemis de la patrie ? Contacte le Front noir brésilien au 196 rua Liberdade à São Paulo[15]

Comme nous l’avons brièvement évoqué dans le texte précédent («Institutionnalisation et contestation : les organisations et les luttes du mouvement noir au Brésil[16]»), le FNB avait élaboré une définition très large des «ennemis du peuple noir» et, concomitamment, des «ennemis de la nation».

Le nationalisme était une caractéristique fondamentale d’organisations telles que le Movimiento Pátria-Nova, l’Aliança Integralista Brasileira (AIB) et le FNB.

La position du FNB, à son tour, reflétait parfaitement le contexte politico-idéologique de son émergence. De ce fait, le programme du FNB était extrêmement proche du nationalisme et du mouvement monarchiste pour une «patrie nouvelle brésilienne». En outre, le Front rejetait les mouvements sociaux ancrés à gauche et était proche de la droite nationale et internationale.

Le nationalisme constituait une composante identitaire forte au sein du FNB, qui invitait les Noirs à se battre contre les ennemis du «peuple noir». Cette question était directement liée à deux autres interrogations : qui étaient ses ennemis? et comment les combattre ? Selon André Côrtez de Oliveira, «le “peuple noir national” était une construction bâtie sur des idées d’appartenance raciale et nationale très bien définies. Cette construction s’inscrivait dans le rêve de mettre fin aux préjugés raciaux et d’élever la “race” noire à la place qui lui revenait dans l’édifice national[17]».

Pour le FNB, les immigrés incarnaient les ennemis du «peuple noir» et, donc, de la nation, parce qu’ils prenaient les emplois des travailleurs noirs et renforçaient les politiques de «blanchiment social». Ainsi, comme les grands capitalistes, les immigrés étaient responsables de la condition misérable des Noirs. En outre, les migrants avaient apporté avec eux des idéologies communistes et anarchistes, subversives, qui visaient à détruire la nation sur le plan moral et économique.

En ce sens, le Front dénonçait comme des ennemis du «peuple noir» et, par conséquent, de la nation les Noirs qui soutenaient les tendances communistes et anarchistes ou qui ne partageaient pas la position politique du FNB sur la démocratie – comprise comme un régime chargé de faire émerger un sentiment antipatriotique – et sur les grandes oligarchies.

Selon Laiana Lannes, «l’anticommunisme fut l’un des principaux objectifs de lutte à l’époque, non seulement à cause de ce que le régime politique lui-même représentait, mais aussi parce qu’une grande partie de ceux qui défendaient les idéaux communistes étaient des étrangers et des internationalistes. Cette lutte anticommuniste montre clairement l’influence du Mouvement pour la patrie nouvelle brésilienne d’Arlindo Veiga dos Santos sur le Front noir brésilien. Il affirmait que la démocratie et le communisme n’étaient pas antagonistes, bien au contraire, et que “la démocratie ouvrait la porte au communisme”. La monarchie, défendue par Veiga, était censée représenter le véritable barrage contre le communisme[18]

Sur la base de cette position, Arlindo Veiga et Pedro Barbosa publièrent une série d’articles dans A voz da Raça, afin de créer un sentiment de répulsion à l’égard de ces notions et d’inciter les Noirs et les non-Noirs à lutter contre les ennemis de la nation, les immigrés et la démocratie qu’ils considéraient comme un régime totalement inefficace.

Si on lit Apreciando, un texte de Pedro Barbosa, on perçoit bien comment il prétend construire une nation libérée de ses prétendus «bourreaux» en s’appuyant sur un fort nationalisme : «Aujourd’hui, les pays qui vénèrent le régime totalitaire de la vie au sein de la fière Europe, pratiquent, avec la plus grande dévotion, la concentration du pouvoir autour d’un homme. Le peuple et surtout sa jeunesse se placent au service de ce qui nous semble être une force de déification pour élever le concept de la patrie ; désormais, l’homme n’aspire à être rien de plus que le meilleur citoyen pour remplir ses devoirs civiques et le meilleur soldat dans ses expéditions guerrières. […] L’Italie d’hier a vécu la désorganisation, subissant les conséquences des révolutions continuelles des petits Etats et de la décentralisation conséquente de ce qui peut s’exprimer comme une patrie. Aujourd’hui, l’Italie de Mussolini connaît une nouvelle organisation de la vie, une nouvelle conception de la patrie, une nouvelle école du patriotisme rénovateur. Chaque citoyen forme un pilier fort et indestructible sur lequel repose la tranquillité du pays. […] Et l’Allemagne adopte le même ordre, emprunte le même chemin. Pour éduquer et préparer l’esprit de son peuple[19].»

On observe plusieurs traces de l’idéologie fasciste dans le FNB. En effet, non seulement le Front soutint la lutte que menait Mussolini pour l’ascension économique, politique et sociale de son pays, mais il expliqua la condition des Noirs dans la société brésilienne par un mauvais choix d’orientation du capitalisme national, les politiques favorables à l’immigration et bien sûr des politiques racistes.

En ce sens, le dépassement des contradictions sociales, de la condition des Noirs sous le capitalisme brésilien, devait passer par la voie de l’institutionnalité, la lutte dans la légalité et les limites de l’État. Cet aspect du combat du FNB contre les conditions économiques et sociales des Noirs relevait avant tout d’une «révolte au sein de l’ordre». La perspective de l’institutionnalité s’exprime, par exemple, dans l’article 3 des statuts du FNB : «Le Front noir brésilien, en tant que force sociale, a pour but l’élévation morale, intellectuelle, artistique, technique, professionnelle et physique ; l’assistance, la protection et la défense sociale, juridique, économique et du travail du peuple noir.» Plus loin, cette position apparaît encore plus clairement, puisque l’article 4 proclame : «en tant que force politique organisée, le FRONT NOIR BRÉSILIEN, afin d’atteindre plus parfaitement ses objectifs sociaux, souhaite, dans le cadre de l’ordre légal institué au Brésil, se voir attribuer les postes électifs de représentation du Peuple noir brésilien, en menant son action politique et sociale dans un sens strictement brésilien[20]».

Pour cette raison, les ennemis du «peuple noir» devaient être combattus sur la base d’une mobilisation raciale, c’est-à-dire de tous les Noirs unis contre leurs exploiteurs – bien sûr, dans les limites de l’État et de la conception de la lutte pour le FNB. D’autre part, selon le Front noir, la lutte contre ses ennemis était une lutte de tous les Brésiliens. Il prônait la création d’une sorte d’«unité nationale» contre les ennemis du peuple :

«Le Noir brésilien a toujours été, est et sera toujours nationaliste ; il tiendra toujours la barre, pour la défense de l’Unité nationale, pour la défense du bon ordre de notre vie, pour des réformes sociales dans un esprit chrétien de collaboration entre tous. […] Cherchant à nier notre Race, nos gouvernements démocratiques, incompétents et aveugles, ont importé des immigrés étrangers pour écraser les Noirs, qui sont complètement écartés du marché du travail, puisque, presque partout, les employés de couleur ne sont pas acceptés. […] Mais quand il s’agit de lutter contre ce qui vient de l’extérieur, financé par l’or judéo-russe pour anéantir notre Nationalité, nous devons absolument nous joindre à nos autres compatriotes pour donner une leçon aux pirates qui, non seulement mangent notre pain, mais nous laissent sans travail (car tout au Brésil, et surtout à São Paulo, est davantage fait pour eux, les immigrés, que pour nous, les Noirs). De plus, ils veulent créer au Brésil un régime vicieux qui ne convient qu’à eux. Contre les complots des ennemis de la Patrie, les vrais Brésiliens sont SEULEMENT BRÉSILIENS, il n’y a plus ni Noirs, ni Blancs, ni liste électorale unique, ni militants du FNB ou du Mouvement pour la patrie nouvelle [brésilienne], ni fascistes, IL N’Y A PLUS QUE DES BRÉSILIENS[21].»

En dehors des communistes, des capitalistes et des immigrés, qui étaient, pour le FNB, le «peuple noir» et ses ennemis? Ce concept ne s’appliquait pas à tous les Afro-Brésiliens. Il se limitait aux Noirs qui partageaient la position du FNB ou en étaient proches. Ainsi, le FNB provoqua plusieurs polémiques et se fit de nombreux ennemis, puisque, à ses yeux, seuls les «vrais Noirs» reconnaissaient le FNB comme une organisation légitime pour représenter les Afro-Brésiliens.

Dans un article publié dans A voz da Raça, intitulé «Falsos negros» (Les faux Noirs), João do Campo soutint que : «Les faux Noirs sont ceux qui, parce qu’ils ne savent rien et ne comprennent rien, répandent des commérages contre le Front noir et contre la race. Ce sont ceux qui veulent en savoir beaucoup et ne savent rien. Nous, les Noirs déjà conscients de notre cause, ne devons pas tolérer les faux Noirs. Nous devons leur donner le coup de grâce, le plus tôt possible, pour qu’ils connaissent la force des Noirs qui ne veulent que le progrès de la race[22]

Cet article de João do Campo montre clairement comment le FNB concevait le «vrai Noir» : un patriote moralement conscient. En revanche, ceux qui s’opposaient à la position hégémonique des frères Veiga dos Santos ou s’opposaient au programme du FNB étaient considérés comme des traîtres, des «Judas» de la Race[23].

A voz da Raça (La voix de la Race) : « Dieu, Patrie, Race et Famille »….

Au fur et à mesure que le FNB progressait, c’est-à-dire qu’il acquérait une influence importante parmi les clubs d’«hommes de couleur», on assista également à l’émergence d’une presse brésilienne noire qui promut un débat sur la question raciale au Brésil. Plusieurs périodiques furent importants à cette époque, dont le Clarim da Alvorada (Le Clairon de l’aube, 1924), A voz da Raça (1931-1937) et O Chibata (1932), qui devinrent des références dans la presse noire et le débat sur les questions raciales au Brésil.

La presse noire joua un rôle important dans la mesure où elle chercha à développer un débat sur les relations interraciales au Brésil. Elle était d’autant plus influente qu’elle servait également de moyen de diffusion des positions politiques du FNB – comme en témoignent les périodiques qui lui étaient liés. De ce fait, on constate, à son tour, l’augmentation significative du nombre de membres et l’implantation du FNB au-delà de São Paulo, Rio de Janeiro et Bahia.

Organe officiel du FNB , A voz da Raça publiait des analyses et se faisait l’écho de toutes sortes d’événements, de campagnes politiques, etc. Ce journal diffusa très largement les positions politiques du FNB et des frères Veiga dos Santos. Ainsi, le débat sur les questions raciales se centra autour de ce périodique.

En revanche, O Clarim da Alvorada, qui était à ses débuts très proche du FNB, s’éloigna rapidement de cette organisation. Son directeur, José Correia Leite[24], défendait des positions plus proches des idées socialistes que de l’idéologie fasciste d’Arlindo Veiga dos Santos et du FNB.

Dans les pages de A voz da Raça et du Clarim da Alvorada, ces différences apparurent clairement. Arlindo Veiga dos Santos considérait José Correia Leite comme un «traître à la race», un individu antipatriote qui soutenait la dépravation morale du Noir et de la nation.

Tout au long de l’année 1933, A voz da Raça publia une série de textes critiquant les «faux Noirs», les «traîtres à la race» et ce qu’il appelait les «négroïdes». Les Noirs qui sympathisaient avec le socialisme ou l’internationalisme et s’opposaient aux valeurs religieuses étaient violemment dénoncés et considérés comme des traîtres du «peuple noir».

«Le Front noir est en train de gagner comme le montrent les attaques que le FNB subit de la part de quelques individus frustrés, parmi lesquels se distinguent certains négroïdes et métis, parmi lesquels on trouve aussi ceux qui sont incapables de nous dire qui est ou était leur père, car leur mère cherche au maximum à le cacher et a honte de dévoiler sa race, visible aux yeux du monde entier. Ils nous attaquent de face et même par-derrière, car nous leur faisons déjà de l’ombre au Brésil et cette ombre semble les gêner puisqu’ils aboient à notre passage. Il est intéressant […] de noter comment ils nous diffament quand ils trouvent quelqu’un d’assez béotien pour les écouter, cherchant ainsi à provoquer des scandales à coups de formules qui trahissent leurs intentions. Insultes […], coups bas, jalousie de ne pas pouvoir faire ce que tout Noir fait en souriant : exposer sa large poitrine comme un bouclier chaque fois qu’un ennemi de la patrie veut l’épier, parce que le peuple noir brésilien a vécu pendant des siècles et continue à vivre pour sa patrie, contrairement à ceux qui ont vécu et continuent à vivre à ses dépens. Nos ennemis déploient de grands efforts pour que notre peuple croisse toujours dans l’ignorance ; une race qui pense ainsi dans une Nation comme la nôtre ne mérite pas la moindre estime[25].»

André Cortez de Oliveira remarque que «L’accusation de trahison disqualifie ceux qui ne sont pas d’accord avec l’hégémonie des frères Veiga dos Santos. Il ne faut pas les écouter, ce sont des traîtres à la race. Est qualifié de “négroïde” celui qui a choisi des voies contraires à la défense de sa race ; les “faux Noirs” sont ceux qui entravent le réveil du Géant endormi, l’authentique Brésilien endormi qui fait écho à la métaphore de l’hymne national[26]. Leurs actions sont contrôlées par d’autres individus qui les utilisent pour leurs propres intérêts. Seul le FNB est censé être capable de conduire le Noir dans la véritable lutte pour le salut de la Patrie et de la Race. Contre ces “faux Noirs”, la seule solution serait l’action violente de la discipline du Front noir[27]».

Les Noirs qui s’opposaient à l’hégémonie du FNB étaient traités comme des traîtres. Dans la polémique contre José Correia Leite et le Clarim da Alvorada, cette position se radicalisa. «En 1931, année de la fondation du Front noir brésilien, le Clarim da Alvorada publia un éditorial du Front noir dans lequel José Correia Leite apparaissait comme le directeur de ses publications. Cependant, l’union et le soutien ne durèrent pas longtemps. Le caractère autoritaire et antidémocratique du Front, inspiré de l’idéologie d’Arlindo Veiga dos Santos (dérivée de celle) du Mouvement pour la patrie nouvelle, déplut au groupe du Clarim da Alvorada. Le désaccord explosa le jour de l’approbation des statuts[28].»

José Correia Leite et le Clarim da Alvorada s’opposèrent à l’approbation des statuts du FNB, car ils les considèraient comme fascistes. Selon José Correia Leite, «Nous, membres du groupe du Clarim d’Alvorada, le jour de l’approbation des statuts définitifs, allions nous battre parce que nous n’étions pas d’accord avec les idées d’Arlindo Veiga dos Santos. Il avait copié ses statuts sur ceux du fascisme italien. Le pire est que le Conseil du Front comptait quarante membres et que son président disposait d’un pouvoir absolu. La direction exécutive ne pouvait agir que sur l’ordre de ce Conseil. Arlindo Veiga dos Santos présidait ce Conseil, en maître absolu[29].»

Selon Domingues, «le FNB commença alors à traiter les membres du groupe [de José Corrêa Leite] qui se rassemblaient autour du journal O Clarim D’Alvorada comme des ennemis. Il les accusait d’être des traîtres, d’“empoisonner la race“, d’être totalement inefficaces, de n’avoir jamais rien fait pour les Noirs et de “ne savoir que parler et critiquer”. Un dirigeant du FNB vociféra :“Nos partisans n’ont pas besoin d’intellectuels ; nous avons besoin de plus d’action et de moins de mots.” En fait, un épisode aggrava le climat de tension qui s’était installé au sein du mouvement noir. Isaltino Veiga dos Santos, secrétaire général du FNB et frère d’Arlindo Veiga dos Santos, eut une attitude considérée comme immorale[30] lors d’un voyage pour inaugurer une nouvelle délégation du FNB à São Sebastião do Paraíso (dans l’Etat du Minas Gerais). Comme aucune mesure punitive ne fut prise par le Front, le groupe d’O Clarim da Alvorada décida de fonder un nouveau journal, O Chibata, uniquement pour dénoncer l’affaire. Alors qu’elle en était à son troisième numéro, la rédaction du Chibata – qui se réunissait dans la maison de José Correia Leite – fut violemment attaquée par des miliciens aux ordres du président du FNB, Arlindo Veiga dos Santos. Outré, le groupe d’ O Clarim da Alvorada décida de republier le journal avec son nom original[31]

La tension entre Arlindo Veiga dos Santos et José Correia Leite s’intensifia à mesure que le FNB croissait. Ils étaient précisément en désaccord sur les méthodes de lutte et la position politique adoptées par le FNB. Dans les pages d’A voz da Raça et d’O Clarim da Alvorada (plus tard d’O Chibata), ces tensions s’exprimaient clairement.

Les discussions se focalisèrent autour des frères Veiga dos Santos (Arlindo et Isaltino) et du pouvoir qu’ils avaient acquis au sein du débat sur les questions raciales et les luttes du mouvement noir à cette époque. Plus proches des idées socialistes, les rédacteurs du Clarim da Alvorada dénonçaient les positions fascistes et autoritaires du FNB et des frères Veiga dos Santos.

Après la dissolution du Clarim da Alvorada, José Correia Leite créa O Chibata. Dans ses mémoires, José Correia Leite note : «Lorsqu’ils [Arlindo et Isaltino Veiga dos Santos] commencèrent par organiser certaines provocations, nous fîmes clairement savoir que nous n’allions pas ternir le nom du journal en nous livrant à des agressions verbales. Nous avons suspendu la parution d’O Clarim d’Alvorada et fondé O Chibata. Puis nous avons commencé à les attaquer tous directement. Le premier numéro d’O Chibata est sorti, puis le deuxième, et au moment où le troisième était sur le point de paraître, ils ont envoyé des fanatiques pour supprimer le journal. Il ne s’agissait pas tant de le détruire que de nous frapper, car ils étaient armés de bâtons. Mais, une fois arrivés sur place, ils n’en ont pas eu le courage[32].

La justification de cette action était que les Noirs militants devaient donner l’exemple aux autres Noirs, pour les inciter à intensifier la lutte raciale et patriotique. Les polémiques suscitées par Arlindo Veiga dos Santos finirent par être justifiées, en invoquant le fait qu’elles étaient empreintes de moralité et d’un sens «patriotique». José Correia Leite toucha certainement un point très sensible pour les mouvements noirs qui apparurent plus tard, parce qu’il cherchait à remettre en cause les limites imposées par les relations interraciales et prônait le dépassement du capitalisme.

Qui sait, un jour, nous ferons peut-être de même !

Le Front noir brésilien a sans aucun doute été l’une des plus grandes organisations du mouvement noir brésilien. Dans une période de montée du fascisme et de révoltes de plus en plus radicales, le FNB se proposa de représenter le «peuple noir». Dans son discours, on trouve plusieurs fragments d’une perspective fasciste.

Le projet de construire une organisation qui représente efficacement les Noirs au Brésil est directement lié aux innombrables polémiques et alliances qui hantent le mouvement noir contemporain. Au-delà du silence à propos des relations du FNB avec le nazi-fascisme international, il faut noter l’hostilité entretenue contre ceux qui s’opposèrent aux frères Veiga dos Santos et à la perspective du FNB.

Ainsi, nous devons nous interroger sur la tentative emblématique de construire une Race pure, pas nécessairement sur le modèle d’Hitler en Allemagne, mais en s’inspirant du prétendu «modèle brésilien». Le FNB n’était pas favorable aux relations interraciales, et défendait ouvertement l’absence de relations avec les peuples d’autres cultures (comme les immigrés).

Dans A voz da Raça, Arlindo Veiga dos Santos écrivit : «Peu nous importe qu’Hitler ne veuille pas de sang noir dans son pays ! Cela montre seulement que la Nouvelle-Allemagne est fière de sa race. Nous ne nous soucions pas des Aryens. Nous voulons un Brésil noir et métis, qui n’a jamais trahi et ne trahira jamais la Nation. Nous combattons l’importation de sang étranger qui viendrait entraver la vie du Brésil, l’unité de notre Patrie, de notre Race, de notre langue. Hitler soutient la race allemande. Nous soutenons la race brésilienne, en particulier son élément le plus fort : le Noir brésilien[33]

Penser le fascisme en relation avec l’institutionnalisation et la contestation promues par le FNB pose plusieurs problèmes. Parmi eux, signalons, par exemple, le refus critique des mouvements noirs contemporains de construire une analyse qui dépasse la simple représentation que le FNB projetait sur lui-même. Par conséquent, réfléchir à la position fasciste et autoritaire du FNB génère trop de malaise parmi les militants et les organisations du mouvement noir brésilien. C’est peut-être pour cela que ce thème est si peu analysé et critiqué.

Tel un fantôme, le caractère conservateur et fasciste du FNB hante les mouvements afrobrésiliens contemporains. Que ce soit en raison de ses relations avec le fascisme ou de la reproduction de plusieurs pratiques conservatrices par ces mouvements. Les articles publiés par Arlindo Veiga dos Santos et Pedro Barbosa dans le journal A voz da Raça témoignent de leur admiration et de leur engagement pour les politiques et les idéologies d’Hitler et de Mussolini.

D’un autre côté, il ne faut pas négliger les luttes menées par le Front noir. Le combat du FNB contre le racisme reposait sur la perspective de l’intégration des Noirs dans la société de classe. Pour réaliser son programme, le Front soutenait qu’il fallait combattre les ennemis du «peuple noir» et de la nation, seule solution, selon lui, pour surmonter les contradictions raciales.

Pour le FNB, la lutte raciale était uniquement insérée dans la dynamique de l’institutionnalité. Il voulait donc devenir un parti politique, afin de représenter le «peuple noir brésilien». L’institutionnalisation et la contestation prônées par le FNB ne peuvent être comprises aujourd’hui qu’en tenant compte de la conjoncture et des courants idéologiques du début du XXe siècle.

Les pratiques fascistes du FNB paraissent alors évidentes, au-delà des contacts avec Hitler et Mussolini et des louanges que le Front noir leur adressa. Elles deviennent visibles si l’on observe les relations que le FNB établit avec les individus et les organisations du «peuple noir», la puissante volonté de hiérarchisation, son rejet de l’État et des oligarchies. Le FNB avait pour objectif d’organiser l’ascension des Noirs vers la classe dirigeante.

De l’intérieur comme de l’extérieur, on observe une dynamique fasciste au sein du FNB, illustrée par son programme syndical, ses milices, ses polémiques et positions exprimées dans A voz da Raça (La voix de la race), et fondamentalement, sa pratique politique.

Nicolas Lorca, 26 août 2019, Passa Palavra

Notes

[1] Petrônio Domingues, «Paladinos da liberdade: A experiência do Clube Negro de Cultura Social em São Paulo (1932-1938)», Revista de História, volume 1, n° 150, 2004, p. 62, cité dans André Oliveira, Quem é a “Gente Negra Nacional”? Frente Negra Brasileira e A voz da Raça (1933-1937), maîtrise d’histoire, Universidade Estadual de Campinas, Instituto de Filosofia e Ciências Humanas, p. 26.

[2] Cf. l’article de Paul Gilroy «Black Fascism» dans Ni patrie ni frontières n° 62-63 (juillet 2019) et sur le site npnf.eu (NdT).

[3] L’Action impériale pour une patrie nouvelle brésilienne (AIPB en portugais) est un mouvement monarchiste, corporatiste et catholique fondé en 1928. Une partie des militants de ce mouvement rejoindront l’Action intégraliste brésilienne.

[4] L’intégralisme est un mouvement, traditionnaliste, réactionnaire et ultra-nationaliste théorisé par Plinio Salgado. L’Action intégraliste brésilienne (AIB), fondée en 1932, a compté jusqu’à plusieurs centaines de milliers de membres. Les historiens divergent sur sa caractérisation politique. Certains, comme l’auteur, soulignent sa parenté avec le fascisme (autoritarisme, culte du chef, exaltation de la violence, nationalisme, anticommunisme et «esthétique» : chemises vertes, usage du symbole sigma, bras tendu). D’autres soulignent ses spécificités : catholicisme intégriste et valorisation du métissage (NdT)

[5] Cf. le livre de João Bernardo, Labirintos do Fascismo: na encruzilhada da ordem e da revolta, 3e version disponible en ligne, 2018 dans lequel il écrit : «Le fascisme a été une révolte au sein de l’ordre. “La révolution, quand elle est bien faite, écrivit Jose Antonio Primo de Rivera, a, comme caractéristique formelle, ‘l’ordre’.” […] Et pendant que Hitler se présentait comme “le révolutionnaire le plus conservateur du monde”, Ernst von Salomon, qui appartenait à un courant rival du fascisme allemand, plaçait ses espoirs dans “un renouveau de l’idée de l’Etat, qui serait révolutionnaire dans ses méthodes, mais conservatrice dans sa nature”. Corradini obéit à la même inspiration en saluant le fascisme italien comme “une révolution qui se déroule au sein de l’ordre établi”. Alfredo Rocco, ministre de la Justice de Mussolini, défendit une idée similaire en écrivant que “la révolution devint – permettez-moi l’antithèse – conservatrice”.»

[6] Après la fin supposée de l’esclavage, «[…] l’économie brésilienne dut faire face à une restructuration de taille, ne pouvant plus compter sur la main-d’œuvre forcée des esclaves venus de diverses régions d’Afrique. Un projet dit de “blanchiment de la nation” vit le jour, lisible à travers la peur que constituait entre autres, pour les scientifiques de l’époque, le métissage (comme forme biologique d’hybridation), source d’impureté et de dégradation “de la race” (blanche), et les pratiques nationales de soutien à l’immigration qui ont favorisé, en particulier dans les régions sud et sud-est, la venue d’Européens de diverses origines […]. L’État brésilien préfère introduire des immigrants européens pour créer un excédent de main-d’œuvre que de faire appel aux anciens esclaves pour le travail dans les plantations de café et plus tard dans les manufactures. L’arrivée des immigrants européens en provenance de l’Italie, de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Espagne et plus tard du Japon fait ainsi partie d’un projet de “blanchiment” de la population et de renforcement du mythe des trois races, selon lequel le Blanc, l’Amérindien et le Noir sont à la base de la formation de la société brésilienne. Avec la montée des nationalismes au début du XXe siècle, la nécessité de donner un visage particulier au pays se fait de plus en plus criante. Avec Getúlio Vargas, pendant la période de l’Estado Novo, l’idéologie du blanchiment où le Blanc prédominait et était considéré comme supérieur cède la place à l’apologie du métissage et de la figure du Métis.» Cf. Francine Saillant et Ana Lucia Araujo: «L’esclavage au Brésil : le travail du mouvement noir», Ethnologie française, 2007/3, volume 37. https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2007-3-page-457.htm (NdT).

[7] Créé en 1925, le Partido democratico, parti bourgeois de «centre-droit», fusionna en 1934 avec d’autres courants dans le Partido constitutionalista. Après avoir tenté, notamment à São Paulo, de renverser par la force Getulio Vargas, ce parti fut dissous en 1937 lors de l’établissement de l’Estado Novo (NdT).

[8] Mouvement nationaliste politiquement hétérogène, animé par des lieutenants (tenentes), souvent issus des classes populaires, qui organisèrent plusieurs révoltes dans des casernes entre 1922 et 1927 pour lutter contre la corruption électorale, mettre en place un Etat fort et une éducation gratuite et obligatoire (NdT).

[9] Teresa Malatian, «Memória e contra-memória da frente negra brasileira», XXIX Simpósio Nacional de História. Anais, UNB, 2017, pp. 2-3.

[10] Teresa Malatian, «O cavaleiro negro: Arlindo Veiga dos Santos e a Frente Negra Brasileira (1931-1934)», Revista brasileira de história das religiões, volume 5, n° 15, 2013, p. 5.

[11] Cette expression désignait les mouvements et les politiciens démagogues qui prônaient la charité vis-à-vis des pauvres et des démunis (des « exclus » et des « sans », dirait-on aujourd’hui) mais ne s’attaquaient pas aux causes de la misère (NdT).

[12] Selon Laina Lannes, le Front noir est apparu au sein d’une élite noire, mais pas une élite au sens économique, plutôt dans le sens d’un groupe ayant bénéficié d’une progression subite dans le domaine éducatif, politique et, dans le meilleur des cas économique. Cf. Laiana Lannes, A Frente Negra Brasileira: Política e Questão Racial nos anos 1930, 2002, maîtrise d’histoire politique, Universidade Estadual do Rio de Janeiro, Instituto de Filosofia e Ciências Sociais, p. 57.

[13] Cf. Teresa Malatian, op. cit., 2013; Petrônio Domingues, op. cit., 2004.

[14] A voz da Raça, n° 1, 18 mars 1933 p. 1.

[15] A voz da Raça, n° 11, 3 juin 1933, p. 2.

[16] http://www.mondialisme.org/spip.php?article3017 (NdT).

[17] André Oliveira, op. cit., p. 113.

[18] Laiana Lannes, A Frente Negra Brasileira: Política e Questão Racial nos anos 1930, 2002, maîtrise d’histoire politique, Universidade Estadual do Rio de Janeiro, Instituto de Filosofia e Ciências Sociais, p. 74.

[19] A voz da Raça, n° 58, 1936.

[20] Estatuto Geral da Frente Negra Brasileira, in André Oliveira, Quem é a «Gente Negra Nacional»? Frente Negra Brasileira e A voz da Raça (1933-1937), 2006, maîtrise d’histoire, Universidade Estadual de Campinas, Instituto de Filosofia e Ciências Humanas, pp. 121-122.

[21] «Resposta a um boletim», Arlindo Veiga dos Santos, A voz da Raça, n° 27, 9 décembre 1933, p. 1.

[22] Castelo Alves, «Flores do Campo III», in A voz da Raça, n° 13, 17 juin 1933, p. 1.

[23] Dans les mouvements identitaires actuels, on retrouve aujourd’hui les mêmes tentatives de polarisation/disqualification : «Oncle Tom», «oreos», «bounties», «harkis», «tirailleurs sénégalais», etc., servent à désigner les prétendus «traîtres à la race» (NdT).

[24] José Correia Leite (1900-1989) est l’un des principaux personnages du mouvement noir brésilien. D’origine pauvre, il dut travailler très jeune comme livreur et comme cocher. Autodidacte, il bénéficia du soutien d’un de ses anciens patrons, un professeur, pour étudier. À 24 ans, il fonda, avec Jayme de Aguiar, le journal O Clarim, rebaptisé plus tard O Clarim d’Alvorada, journal fait par des Afro-Brésiliens et pour la communauté noire, publié entre 1924 et 1932. Correia en était le directeur responsable, le rédacteur, le reporter et l’imprimeur. Il fut très influencé par les débats autour de la discrimination raciale aux États-Unis. Avec José de Assis Barbosa, Leite créa le Clube Negro de Cultura Social, en 1932, qui avait des objectifs sportifs et culturels, en opposition au Front noir brésilien. En 1945, Leite participa à la création de l’Association des Noirs brésiliens (ANB), puis en 1956, à celle de l’Association culturelle noire (NdT).

[25] André Oliveira, 2006, p. 78.

[26] L’hymne national brésilien, «La Marche triomphale», loue le Brésil en ces termes : «Géant par ta propre nature, / Tu es beau, tu es fort, intrépide colosse, / Et ton avenir reflète cette grandeur.» (NdT).

[27] Lannes, 2002 p. 85.

[28] Leite, [s.d] p. 94 cité par Lannes, 2002 p. 86.

[29] Petrônio Domingues, op. cit., p. 62.

[30] En fait de conduite «immorale», il eut une relation extraconjugale avec une jeune femme appartenant à une famille traditionnelle locale (NdT).

[31] Petrônio Domingues, op. cit., p. 62.

[32] A voz da Raça, nº 29.

[33] A voz da Raça, nº 29.

L’article ci-dessus a été traduit en français par Yves Coleman et publié sur les sites Mondialisme et Ni Patrie ni frontières.




Fonte: Passapalavra.info